Enseignement supérieur

Cap vers le supérieur : quand la réussite au baccalauréat ne suffit plus en Nouvelle-Aquitaine

La Nouvelle-Aquitaine fait face à un paradoxe saisissant : alors que ses lycéens affichent l’un des meilleurs taux de réussite au baccalauréat, leur taux de poursuite d’études reste inférieur à la moyenne nationale. Le CESER Nouvelle-Aquitaine, dans son rapport adopté en décembre 2025, tire la sonnette d’alarme sur cette mécanique des inégalités qui fragilise la jeunesse régionale. Intitulé « La voix des jeunes comme boussole », ce document exhaustif appelle à une stratégie globale pour lever les verrous territoriaux et sociaux qui entravent l’accès au savoir.

Des ambitions bridées par la réalité logistique. Pour la première fois, une enquête de grande ampleur a été menée auprès de près de 3 000 lycéens de tout le territoire. Si l’ambition est massive avec 94 % de jeunes souhaitant poursuivre des études, le constat est sombre : 41 % déclarent avoir déjà renoncé à une formation identifiée en raison d’un obstacle. En zone rurale, l’autocensure agit comme un filtre invisible, bridant les projets avant même qu’ils ne soient formulés.

L’éloignement géographique s’impose comme un frein majeur : en Nouvelle-Aquitaine, le temps d’accès moyen à un pôle universitaire est de 40 minutes, contre 27 minutes au niveau national. Au-delà d’une heure de trajet quotidien, le taux de poursuite chute brutalement. Mais c’est le logement qui constitue l’obstacle numéro un pour 62 % des élèves interrogés. Dans les zones en forte tension immobilière comme Bordeaux, La Rochelle ou la Côte Basque, la pénurie de places et le coût prohibitif des loyers poussent certains étudiants à l’abandon dès les premières semaines de la rentrée.

Une orientation en crise et la montée du privé

Le rapport pointe également un déficit chronique dans l’accompagnement à l’orientation. Les lycéens se fient principalement à leur famille et à Internet, faute de disponibilité des conseillers spécialisés (PsyEN) souvent accaparés par les urgences de santé mentale. La plateforme Parcoursup est vécue comme une source d’anxiété profonde, où l’opacité perçue des critères de sélection renforce le sentiment d’illégitimité des élèves de milieux modestes.

Ce vide institutionnel profite à l’enseignement supérieur privé lucratif, dont l’offre explose en captant une part croissante des bacheliers technologiques et professionnels. Entre 2010 et 2023, la proportion d’étudiants dans le privé est passée de moins de 10 % à près d’un quart des effectifs. Le CESER alerte sur cette « marchandisation » où le diplôme devient une promesse marketing, parfois au prix d’un endettement massif des familles, alors même que les universités publiques subissent un sous-financement chronique.

Vers une stratégie régionale pour 2030

En conclusion, le CESER appelle à dépasser les politiques sectorielles pour adopter une approche systémique. Parmi les recommandations phares, l’assemblée préconise la création d’un guichet unique de l’accès au supérieur, une régulation stricte des acteurs privés via un label régional et un investissement massif dans le logement étudiant. L’enjeu est de taille : transformer l’ouverture juridique du système en une égalité réelle des chances d’ici 2030. Pour le CESER, garantir que ni l’origine sociale, ni le lieu de résidence ne déterminent l’avenir des jeunes n’est pas seulement une exigence de justice, mais un investissement vital pour la vitalité économique de la Nouvelle-Aquitaine